8 Décembre 2016, le mercure affiche 3° ce matin. Le « baro » annonce 1032mb. En théorie, il fait un temps superbe. En pratique, je suis dans la brume.

Je devine une lueur, c’est le soleil qui tente de percer les stratus bas.
Mais il a du boulot le feu astral…
J’ai envie de voler, mais je me dis que c’est foutu pour aujourd’hui.

Je m’énerve tout seul à la pensée que 300ft plus haut il fait une tempête de ciel bleu. Combien de fois en décollant de Satolas à bord d’un tapin de ligne j’ai observé cette couche blanche inerte coincée entre Bugey et Beaujolais ?

Quelle intérêt d’habiter dans cette plaine? Si ce n’est que le pétillant du Bugey vaut bien un roteux de Champagne et que le Beaujolais reste un vin marrant pour se faire un saucisson avec un quignon de pain.

Résigné, je descends bricoler dans mon garage, j’ai 2 ou 3 soudures à faire, la chaine de ma tronçonneuse à affuter et un modèle réduit en chantier.

Déjà une plombe que je bricole et, levant la tête, je vois que la luminosité extérieure évolue. Rêve-je ?

Je sors sur la terrasse et je découvre qu’Hélios est dans une lucarne de brume. Youpi ! Ça se lève, je vais pouvoir aller faire gigoter « les bielles de mon moulin ».

Je me change, saute dans ma bagnole et, 9 minutes chrono plus tard, je gare mon projectile sur le parking de ma pâture à hélices préférée : Pérouges.

Tiens, il y a Jipé qui a eu le même instinct que moi, il sort son Pitts.
Comme j’y vois beau « toussa ». Je lui propose de faire notre « Passage Bar ».
Il est enchanté de la chose, on a déjà fait ça 4 ou 5 fois cette année. C’est un vol en patrouille, dont la référence est le bar du terrain. C’est Jipé qui leade, et moi je tente de le suivre dans ses 4 heures.
Petit briefing sur la pelouse histoire d’être bien en phase et on rejoint nos montures respectives.

J’ai des doutes quant à la réussite du démarrage de mon moulin. J’ai une batterie étanche au gel, et, elle n’aime pas le gel. Facile hein !

Je joue de la pompe de reprise afin de gaver mon précieux Lycométal et, magique, il éternue. Encore une giclée et il s’ébroue : paf, pataf, pafpafpaf, vroummmm, brebrebrebrebre !

Mozart dans une fragrance de « bleue » mal brulée… J’aime l’odeur de la 100LL dans le matin frais. (Confère Apocalypse now).

Les moulins chauffent et on roule pour la 17. On s’aligne, Jipé à gauche et moi à droite de l’axe de la pelouse. Jipé annonce « Décollage ». C’est parti, gaz !

160cv et pas d’hélice fixe contre 200cv à pas variable. En prime le Pitts décolle avant moi. Bref, j’arrive quand même à ne pas trop me faire larguer. Des 5 heures je passe dans ses 4 heures dans la montée en virage à gauche après le bout de piste. Je réduis et je tiens mon étagement négatif, mon retrait et mon écartement autant que faire je peux. L’atmosphère est très calme et j’ai un bon ressenti de ce début de vol. Je sens aussi que Jipé éprouve la même chose.

C’est donc sur une bonne impression que nous terminons notre 180° pour nous mettre en vent arrière rapprochée à 300ft Fox Echo. On croise vers 110kt me semble-t ‘il. J’avoue que je n’ai pas trop la tête à regarder le badin, quant à la bille je sais qu’elle se balade en fuyant les pressions de mes tatanes sur les palonniers. En fait seul Jipé a besoin d’un tableau de bord, moi je le suis en aveugle, enfin pas tout à fait.

Le programme est de revenir faire un passage bas parallèle au bord d’attaque du bar. Ce dernier, bien lustré par les manches (de chemises), est parallèle à la piste, ça aide un peu les choses.

Jipé cause dans le poste en annonçant son virage 180° à gauche en descente. Je suis en titillant manche, palonniers et gaz. Je sens que la patrouille accélère pendant que Jipé annonce le passage en 17 à la radio. Un coup d’œil en flash au badin : 140kt. J’adore cette vitesse : les commandes de vol sont précises et l’avion obéit avec l’inertie qui rend la trajectoire souple. Un régal !

Je réduis un peu mon étagement histoire de sauter confortablement 2 ou 3 arbres que je sais pas loin de l’entrée de piste. Voilà, on avale la piste pas trop bas, ni trop haut, bref juste ce qui faut, la preuve je viens de voir passer une biroute entre les 2 ailes du Pitts. Je m’applique pour tenir ma position en 3D. Ça se passe bien. J’espère que ça a de la gueule ?

Déjà la fin du passage, Jipé souque doucement en cadençant à gauche dans la montée.
La suite du programme est de revenir face au bar, perpendiculairement donc à la machine à café pour faire un éclatement au-dessus de l’évier. Limpide !

Je suis mon Jipé préféré toujours avec ma cane blanche. Je ne sais pas vraiment où je suis par rapport au terrain, disons que j’ai une idée, voire même des doutes parfois, mais je suis sûr que Jipé, lui, n’en a pas. Je ne patrouille pas avec n’importe qui. Il a volé toute la série des Boeing pour Air France. Moi j’ai roulé toute la série des camions Renault, pas le même niveau donc !

Jipé a resserré un peu le début du 270° à gauche pour mieux le détendre sur la fin pour bien prendre la piste en perpendiculaire. Toujours pas de trafic connu à la radio, Jipé commence à descendre, je le suis, fidèle.

Je m’applique en me détendant un poil, mais pas deux, car je sais que c’est la fin de notre vol après l’éclatement.

J’attends le top, il arrive : « Attention pour l’éclatement,,,,, Top ! ».

Aller hop ! Je cabre à la louche sous 45° et cadence cool à droite, en essayant de faire une trajectoire propre. Ça me parait bien, je suis content et je sais que Jipé l’est aussi.
Je reprends possession de mon tableau de bord. Les aiguilles des pendules sont aux bons endroits. Impec ! Je vais aller à mon petit rendez-vous intime sur le Revermont. C’est la première chaine de montagne qui borde l’Est de la plaine à stratus. Là-haut il y a un coin que mon père adorait, il aimait venir promener ses chiens en surveillant en dessous sa ville natale de Bourg en Bresse.

J’y ai placé, au pied d’un rocher très précis et repérable en vol, un verre de ses cendres. Et avant d’arriver là je prends 165kt au badin. Et je barrique, tout doucement, avec ampleur, pour passer dos à la verticale de ce rocher : « Salut P’pa, c’est Pierre ». Je tourne ma figure avec émotion intense et plénitude.
Voilà c’est fait.

Cap retour sur Pérouges.

Silence total sur 123,5. J’adore ! Je vais pouvoir effectuer quelque civilité d’arrivée. Il faut que ce soit bref et élégant, histoire de faire plaisir aux copains sur le terrain tout en amenant une touche de pétillance à l’aéroclub.

J’opte pour un rétablissement tombé suivi d’un « John Derry » pour emmancher la « vent arrière ». Voilà, ce n’est pas trop mal ficelé, j’ai fait pire. Je poursuis à la volée par une PTU et je kisslande la pelouse. Roulage, parking, arrêt hélice et je descends de mon Tempête. Au-dessus, le Pitts de Jipé arrive et commence à miauler en prenant du badin. Tous, on regarde. Ah ! C’est aussi un John Derry. C’est le tic du voltigeur dans le coin, c’est une certitude.

Jipé rejoint le parking où nous sommes quelques-uns maintenant. L’ambiance est très agréable car les copains du club sont contents de ce petit show, Jipé et Bardix sont heureux d’avoir volé proprement. Nous envisageons de rajouter un truc en plus à ce petit programme, un truc élégant que nous pourrions tourner « safe » comme jusqu’à présent. Ce sera pour le printemps 2017.

Nettoyage des avions, ça va vite, il n’y a pas de moustiques en ce moment. C’est bien de voler en hiver, les pièges restent propres. En prime les moulins libèrent toute l’écurie, les batteuses accrochent et tirent dans l’air bien dense, les ailes portent un max donc les figures ne plombent pas et Ô, délicate attention, les aileront mordent. Du plaisir pur en fait.

Home sweet hangar : aller, bonne nuit les petits avions. J’ai bâché mon Tempête, je lui ai mis sa couverture sur le capot et je l’ai embrassé sur le cône d’hélice. Eh oui, je suis un sentimental.

Maintenant les choses sérieuses vont commencer : debriefing patrouille au bar.

Jaffrix le barde de la JAF (Bardix) – Décembre 2016